H2 - GRANDES PUISSANCES ET CONFLITS DANS LE MONDE DEPUIS 1945 - 2. Un foyer de conflits

Leçon - Le Proche et le Moyen-Orient, foyer de conflits depuis 1945

Introduction
Cerner: Où? Au carrefour de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique, le Moyen-Orient voit Quoi? s’affronter Qui? de nouveaux États indépendants Quand? depuis sa décolonisation en 1945
Définir: M-O de la Turquie à l’Égypte et à l’Iran via la péninsule arabique, P-O littoral méd.
Problématiser : POURQUOI LE MOYEN-ORIENT EST-IL UN FOYER DE CONFLITS DEPUIS 1945?

I. Des conflits aux causes profondes

1. Une région complexe et instable
Une mosaïque humaine : Trois grands peuples : Arabes majoritaires, Turcs et Perses (Iran) mais deux minorités Kurdes (sans état) et Juifs (Israël) avec une religion majoritaire : l’islam mais divisé en sunnite et chi’ite (Iran) et minorités juive (Israël) et chrétiennes.
Des frontières contestables : Elles sont issues du découpage colonial de l’empire ottoman par la France et surtout le Royaume-Uni selon leurs intérêts stratégiques sans tenir compte des réalités humaines, économiques ou historiques => essor du panarabisme : la volonté d’unir les Arabes de la région. S’y ajoute le cas épineux de la Palestine que les R-U abandonnent à l’ONU en 1945 qui prévoit un partage entre Juifs et Palestiniens. .
Des États souvent fragiles : Leur fragilité politique est due à l’absence de réelle tradition étatique et/ou à la domination d’un groupe communautaire religieux, ethnique ou tribal : souvent celui du mouvement indépendantiste le plus puissant qui a accédé au pouvoir et s’y est maintenu de façon autoritaire et peu démocratique, souvent au détriment de l’islamisme politique (volonté de créer un État musulman), perçu comme une menace.

2. Une région à forts enjeux
Le contrôle de l’eau, un enjeu régional majeur : Dans une région aride à forte croissance démographique, la maîtrise de l’eau est essentielle pour des pays déterminés à se développer (barrages) d’où les tensions autour du Jourdain entre la Syrie, la Jordanie et Israël mais aussi entre la Syrie, l’Irak et la Turquie à propos du Tigre et de l’Euphrate.
L’or noir, une richesse à double tranchant :
- Le pétrole est la principale richesse du Moyen-Orient et peut devenir une arme : en 1960 la création de l’OPEP (Iran, Irak, Arabie, Koweït) permet de contrôler production et prix, en 1973 l‘embargo de l’OPEP contre les alliés d’Israël provoque le choc pétrolier
- Mais le contrôle de gisements est aussi une source de tensions régionales (guerre Iran-Irak 1980-1988) et d’ingérence internationale par le biais des FTN anglo-américaines qui contrôlent exploitation et prix dans les années 1950, mais aussi des États qui s’assurent de régimes amis par la protection militaire (E-U/Arabie Saoudite 1945), voire le coup d’état (CIA en Iran 1953) ou l’intervention militaire (guerre du Golfe 1991)
Le canal de Suez, un enjeu géostratégique mondial : Ce canal de 190 km est une route maritime essentielle pour le commerce mondial et surtout l’approvisionnement en pétrole et la projection militaire occidentale. Sa nationalisation par Nasser en 1956 provoque une crise grave et le conflit israélo-arabe provoque sa fermeture de 1967 à 1975 d’où la construction de superpétroliers pour contourner l’Afrique.

II. Le Moyen-Orient dans la guerre froide, l’échec du panarabisme

1. Le retrait des puissances coloniales remplacées par les deux Grands (E-U & URSS)
Les Américains prennent le relais des Britanniques (à leur demande) : ils protègent l’Arabie Saoudite dès 1945, puis dans les années 1950 dans la logique de l’endiguement s’allient avec la Turquie, qui intègre l’OTAN et forme le pacte de Bagdad avec l’Irak et l’Iran (+ Pakistan et R-U).
La crise de Suez (1956) : Nasser le champion du panarabisme, l’unité arabe, contre le colonialisme et le sionisme, nationalise le canal contrôlé par la France et le R-U entrainant leur invention militaire appuyée par Israël. Les vainqueurs sont pourtant contraints de se retirer sous la pression des 2 Grands pour une fois d’accord (pour se débarrasser des deux Petits qui perdent ainsi leurs illusions de puissance).
La bipolarisation du Proche-Orient : Dans les années 1960, l’Égypte et la Syrie se tourne vers l’URSS alors que les États-Unis soutiennent Israël. Les deux Grands vont donc participer indirectement au conflit israélo-arabe.

2. La question de la Palestine : la terre au coeur d’un bourbier régional
Le conflit israélo-arabe : La création de l’État d’Israël en 1948 est approuvée par les États-Unis et l’URSS au dépend des Palestiniens qui auraient dû avoir leur État aussi. Les états arabes refusent donc de reconnaître Israël. Quatre guerres (1948, 1956, 1967 et 1973) opposent Israël à ses voisins arabes (surtout Égypte et Syrie) et ne font que confirmer le statu quo ante. Seules les négociations menées par les États-Unis permettent d’aboutir aux accords de Camp-David de 1978 où l’Égypte reconnait Israël et signe la paix mais son panarabisme est fini car elle est discréditée dans le monde arabe.
La question palestinienne : La création d’Israël (1948) et l’occupation des territoires palestiniens de Cisjordanie et Gaza (1967) provoque l’exil de milliers de Palestiniens. La résistance extérieure s’organise avec l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) soutenue par l’URSS. Elle mène une guérilla à partir des pays arabes voisins dont elle est systématiquement chassée et se discrédite en passant au terrorisme international (prises d’otages, détournement d’avion). A l’intérieur, les jeunes Palestiniens des territoires occupés prenne la relève en se soulevant contre Israël : c’est la 1ère Intifada (1987-1993).

3. Panarabisme contre islamisme : la Guerre froide s'estompe
La république islamique d’Iran 1979 : fondée sur la primauté de l’islam chi’ite et l’application de la loi coranique par l’ayatollah Khomeiny après la révolution qui renverse la dictature du shah d’Iran. L’Iran refuse la logique de la Guerre froide et affirme son hostilité à Israël « le petit Satan » qui occupe Jérusalem, lieu saint de l’islam, et à son allié, les États-Unis « le grand Satan » qui symbolise la décadence de l’Occident, sans pour autant se rapprocher de l'URSS.
La guerre Iran-Irak (1980-1988) : Saddam Hussein, au pouvoir en Irak (Arabe, laïc MS 60% des Irakiens chi’ites) veut relancer le panarabisme face à la montée en puissance de l’Iran (Perse, islamiste). Il envahit une région peuplée d’Arabes (et pétrolière) mais l’Iran résiste et le conflit s’enlise (+ d’un million de morts. Le panarabisme irakien échoue et la Guerre froide perd son sens puisque l'Irak est armé par les deux Grands.

III. De nouvelles conflictualités depuis 1991, la déstabilisation par l’islamisme

1. Pax americana ?
La guerre du Golfe 1990-1991 : Avec l’accord des Russes, la participation de forces occidentales et arabes, les États-Unis à la tête d'une coalition internationale libèrent le Koweït frustrant les ambitions régionales de l’Irak mais sans renverser le dictateur Saddam Hussein (pas dans le mandat de l'ONU).
Les accords israélo-palestinien 1993 : Le nouveau président américain Clinton pousse l’OLP de Yasser Arafat (plus financé par l’URSS) et Israël à négocier. Les accords d’Oslo de 1993 prévoient une reconnaissance mutuelle et la création d’une Autorité palestinienne sur les territoires autonomes (Cisjordanie et Gaza). En 1994, la Jordanie reconnaît Israël. L’intifada s’achève, l’OLP revient en Palestine et prend la tête de la nouvelle autorité : la question palestinienne n’est pas résolue mais l’apaisement est porteur d’espoir.

2. La radicalisation : de l’islamisme au jihadisme (années 2000)
La concurrence Iran-Arabie saoudite pour la direction de l’islam mondial. L’Iran tente de se doter de l’arme nucléaire et finance les islamistes du Hezbollah chi’ites au Liban alors que les Saoudiens soutiennent le Hamas sunnite à Gaza contre Israël (rockets, attentats-suicide). Cette radicalisation entraine la scission Cisjordanie-Gaza, la seconde Intifada (2000-2005), le durcissement d’Israël (colonisation, mur, interventions) et ... la fin du processus de paix.
Al-Qaïda : le jihadisme mondialisé. Depuis la guerre du Golfe la présence américaine renforcée en Arabie saoudite, terre sainte de l‘Islam. est dénoncée par les jihadistes du réseau terroriste mondial Al-Qaïda dirigé par ben Laden. Une série d’attentats contre les États-Unis culmine le 11 septembre 2001. Les États-Unis déclarent la guerre au terrorisme, interviennent en Afghanistan (2001), en Irak (2003) et exécutent Ben Laden en 2011.

3. Le cœur de l’arc des crises actuelles (années 2010)
Le problème de base : la remise en cause des régimes autoritaires
- soit renversé de l’extérieur, comme en Irak par les États-Unis en 2003,
- soit contesté de l’intérieur : printemps arabe de 2011 qui se diffuse au Moyen-Orient (Egypte, Syrie, Yémen avec tentative de renversement du pouvoir ; Jordanie, Arabie Saoudite, Iran : version + light avec des manifestations)
Le résultat
- Le retour de la stabilité = reprise en main +/- autoritaire avec +/- de démocratisation (Jordanie, Arabie saoudite, Égypte)
- Le chaos, l'exemple de la Syrie = guerre civile compliquée par le communautarisme => interventions extérieures indirecte avec soutien aux combattants de la guerre civile (Iran+Russie = soutien au gouvernement de Bashar el-Hassad ≠ Turquie+pays du Golfe contre le régime)
+ apparition d'un nouvel acteur : Daesh ou État islamique, groupe jihadiste avec territoire conquis en Syrie et en Irak => interventions étrangères directes contre Daesh (bombardements F+RU+ intervention EU à partir de 2014+ intervention Russie à partir de 2015)
=> La situation en janvier 2018 :
(+) victoire à court terme contre Daesh qui ne contrôle plus qu'un minuscule territoire
(-) maintien probable au pouvoir de Bashar el-Assad (retour à la situation d'origine en 2011 => le flot de demandeurs d'asile syriens n'est pas près de se tarir...)
=> Ne reste que le Yémen en guerre civile avec interventions extérieures saoudienne et iranienne (lutte d'influence) et attentats d'Al Quaida et de Daesh (concurrence entre barbus terroristes).

Conclusion
Bilan : Le Moyen-Orient est instable depuis 1945, les conflits ne font que se déplacer de la Palestine au Golfe. L’absence de solutions globales, le discrédit des Occidentaux et des régimes laïcs autoritaires a profité à l’islamisme, ce qui a encore accru l’instabilité (l’huile sur le feu)
Ouverture : Le pessimisme semble de rigueur puisque l’Iran en voie de réintégration dans la communauté internationale grâce aux efforts du président Obama (2013-2015) est maintenant la cible des tentatives d'isolement du nouveau président américain Donald Trump.