H2 - GRANDES PUISSANCES ET CONFLITS DANS LE MONDE DEPUIS 1945 - 1. Les chemins de la puissance

Leçon 2 - La Chine et le monde depuis 1949

Introduction
Cerner: Quand? De 1949 à nos jours Qui? la Chine Quoi? a cherché à moderniser son économie et a s’affirmer comme une puissance originale Où? d’abord dans le Tiers Monde puis à l’échelle planétaire.
Problématiser : On peut donc se demander comment s’affirme la puissance chinoise depuis 1949.

I. Un embryon de puissance dans l’ombre de l’URSS 1949-1960

1. 1949 : la Chine devient communiste
La prise du pouvoir après 30 ans de guerre civile. Le 1er octobre 1949 Mao Zedong, chef du PCC, proclame la République populaire de Chine. Les nationalistes vaincus du Guomindang se réfugient sur l’île de Formose, c'est-à-dire Taïwan sous la protection des États-Unis..
Une souveraineté restaurée en Chine continentale. Pour la première fois depuis le XIXe siècle, la Chine n’est plus dominée par une puissance étrangère et l’expansion régionale lui permet de retrouver son unité territoriale avec l’invasion du Tibet et la cession de territoires frontaliers par l’URSS (mais pas la Mongolie).

2. 1950 : le rapprochement avec « le grand frère soviétique »
L’isolement international. La RPC n’est pas reconnue par les grandes puissances occidentales sauf par l’URSS communiste et le Royaume-Uni qui veut conserver sa colonie de Hong Kong => Taiwan, sous protection américaine, obtient le siège au conseil permanent de l’ONU
+ L’urgence de la reconstruction économique après la guerre civile et la 2GM. Face à l’effondrement de la production agricole et industrielle les dirigeants communistes chinois n’ont aucune expérience économique, ils ont donc besoin d’aide.
=> L’alliance avec l’URSS : Mao Zedong signe en 1950 un « traité d’amitié, d’alliance et d’assistance mutuelle » avec l’URSS qui envoie des experts (militaires, ingénieurs) et la Chine adopte le modèle soviétique («La Chine de demain, c’est l’URSS d’aujourd’hui»).

3. De l’imitation à l’émancipation
Un régime totalitaire calqué sur celui de l’URSS.
- Le contrôle politique. Le président Mao Zedong devient le « Grand Timonier » chef du PCC, parti unique qui contrôle tout et envoie les opposants au laogaï, camps de rééducation par le travail (lavage de cerveau, 4-6 millions de victimes).
- Les difficultés économiques. Terres et entreprises sont nationalisées comme l'avait fait Staline avant la 2GM ms la réforme agraire ne permet pas de nourrir la population chinoise en forte hausse. De plus, le plan quinquennal donne la priorité à l’industrie lourde et accentue l’insécurité alimentaire.
La distanciation internationale.
- Du bon petit soldat... La Chine intervient avec l’URSS dans la guerre de Corée (1950-1953).
- ...au leader des non-alignés du Tiers-Monde... qui refusent d’intégrer les deux blocs dits impérialistes de la GF à la conférence de Bandung en 1955.
- ...puis à la rupture (1956-1960). En 1956, le nouveau dirigeant russe, Nikita Khrouchtchev, lance la déstalinisation et la coexistence pacifique entre les deux blocs alors que Mao reste stalinien. L’URSS met fin au traité de coopération nucléaire, rappelle ses experts militaires et suspend son aide économique en 1960.

II. La reconnaissance d’une puissance originale mais incomplète 1958-1979

1. La définition d’une « voie chinoise » de développement
Le « Grand bond en avant » (1958-1960), une catastrophe économique
- Pour Mao la Chine doit «marcher sur ses deux jambes». Elle favorise donc le développement de l’agriculture et de l’industrie avec les communes populaires (unités de production agricole et industrielle pour atteindre l’autosuffisance).
- Mais l’expérience tourne à la catastrophe car les paysans mobilisés pour l’industrie négligent leurs récoltes. Une famine de 3 ans provoque plus de 20 millions de morts et entraine la mise à l’écart de Mao.
La « Révolution culturelle » (1966-1969), la répression politique
- Lancée par Mao pour éliminer l’opposition au sein du PCC et reprendre le pouvoir, elle s’appuie sur les Gardes rouges, jeunes maoïstes fan(atiques) du Petit livre rouge (recueil de pensées de Mao) qui traquent les intellectuels ou suspectés comme tels.
- Mao atteint ses objectifs mais au prix de 2 millions de disparus et 17 millions de personnes envoyées dans les campagnes pour y être rééduqués par les paysans. A la mort de Mao en 1976, force est de constater l’échec du modèle chinois.

2. Un retour limité sur la scène internationale (1960-1976)
L’affirmation comme un modèle communiste alternatif à l’URSS conduit Pékin à
- Développer son programme nucléaire dont le premier essai a lieu en 1964.
- Concurrencer Moscou en Europe de l’Est en se ralliant l’Albanie (1960) et dans le Tiers Monde en y offrant son aide économique (Tanzanie) ou militaire (Cambodgiens).
+ Le maoïsme fascine les intellectuels occidentaux, notamment les étudiants d’extrême-gauche des années 1960 déçus par le modèle soviétique pour cause de déstalinisation.
Mais... la Chine ne parvient pas vraiment à supplanter l’influence soviétique ni dans le monde, ni même en Asie : ainsi en 1979 le régime cambodgien qu’elle soutient est renversé par le Vietnam, allié de l’URSS.

=> 3. Le rapprochement avec le bloc de l’Ouest pour rompre son isolement.
Reconnue par la plupart des pays occidentaux (France 1964), la Chine récupère le siège de Taïwan comme membre permanent au conseil de sécurité de l’ONU en 1971.
L’année suivante, la visite du président Nixon concrétise le rapprochement avec les États-Unis qui cherche à jouer sur les désaccord Chine-URSS pour diviser et donc affaiblir le bloc communiste. Cependant il faut attendre 1978 pour que les Etats-Unis sous la présidence de Jimmy Carter reconnaisse officiellement la RPC (Taiwan toujours protégée par les troupes et le "parapluie nucléaire" américain).
=> La RPC réussit à s’affirmer comme une puissance politique mais son retard économique l’empêche d’avoir les moyens de ses ambitions.

III. L’affirmation de la puissance depuis 1978

1. Le succès du développement économique 1978-2001
Le pragmatisme de Deng Xiaoping (1978-1997) Sa priorité est le redressement économique en suivant l’exemple de Hong Kong et Taïwan qui se sont ouverts au monde et dont la réussite fait très mal. Il et invente l’économie socialiste de marché qui accepte une injection de capitalisme tout en restant contrôlée par l’État.
Les « Quatre modernisations ». La priorité est l’agriculture : la propriété privée et la révolution verte permettent l’autosuffisance alimentaire. L’industrie prend le relais : les entreprises d’État sont privatisées et recherche le profit. L’accent est aussi mis sur la science et la technologie. La défense nationale est un objectif plus discret pour ne pas effrayer les investisseurs étrangers attirés par les Zones Économiques Spéciales littorales qui permettent à la Chine de devenir « l’atelier du monde »..

2. La crispation politique 1985-2001
Le choix de la répression politique : Toute revendication d’une cinquième modernisation vers la démocratie échoue comme le montre les révoltes étudiantes, les deux printemps de Pékin en 1979 et surtout 1989 où dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, les chars entrent sur la place Tian’anmen et font probablement plusieurs milliers de victimes.
=> L’isolement sur la scène internationale : Après le massacre de Tienanmen, la Chine subit un embargo occidental sur les ventes d’armes, la baisse des investissements étrangers et du tourisme. Elle fait profil bas mais reste intransigeante sur 2 principes : la non-ingérence dans ses affaires intérieures et sa souveraineté sur Taiwan..

3. Les nouvelles ambitions chinoises depuis 2001
Une puissance émergente. Le miracle économique continue. La Chine intègre l’OMC en 2001 et l’industrie passe à l'innovation (Taïkonaute en 2003, Lenovo 1er prod. de PC devant HP en 2013). Elle devient la 2e puissance économique en 2010 et la 1ère puissance commerciale en 2013 et sa puissance financière s’affirme (1er créancier des É-U et 1er investisseur en Afrique). Mais son niveau de vie reste faible car les inégalités socio-spatiales sont fortes.
Une puissance qui reste incomplète. La Chine cherche à améliorer son image (soft power) en créant les instituts Confucius en 2004 ou en accueillant les J.O. de 2008 à Beijing mais elle reste ternie par son autoritarisme (censure du web ou répression au Tibet). Ses dépenses militaires (hard power) augmentent mais son retard technologique limité sa capacité de projection malgré le « collier de perle » ses bases régionales => une puissance régionale incontournable soucieuse de réintégrer ses frontières les + larges (récupère Hong Kong en 1997, Macao en 1999 et guette Taiwan).

Conclusion
Bilan : La Chine a connu une évolution originale qui utilise le(s) communisme(s) tempéré par le socialisme de marché pour passer d’une situation de sous-développement économique et de mise sous tutelle politique à une position économique et politique de premier plan.
Ouverture : Une puissance qui reste inquiétante : soupçonnée de vouloir bâtir un duopole avec les États-Unis, voire de préparer son hégémonie.