H2 - GRANDES PUISSANCES ET CONFLITS DANS LE MONDE DEPUIS 1945 - 1. Les chemins de la puissance

Leçon 1 - Les États-Unis et le monde depuis 1945

Introduction
Cerner: Quand? La fin de la 2GM marque un tournant Quoi? dans la politique étrangère Qui? des États-Unis qui décident d’intervenir Où? dans les affaires mondiales, s’imposant à la fois comme une puissance, un modèle, mais aussi un leader mondial.
Problématiser : COMMENT S’AFFIRME LA PUISSANCE AMÉRICAINE DANS LE MONDE DEPUIS 1945 ?

I. La superpuissance assumée au début de la Guerre froide 1945-mid1960s

1. Le leader du monde libre
Une superpuissance (pays capable d’exercer une suprématie à l’échelle mondiale) : militaire (1ère armée du monde et monopole nucléaire jusqu’en 1949), économique (son PIB = PIB mondial, atelier industriel et grenier agricole du monde), financière (60% du stock d’or mondial, le dollar devient la monnaie internationale), politique
avec une nouvelle mission : URSS se constitue un bloc en Europe de l’Est => début de la Guerre froide (opposition entre deux modèles idéologiques dans tous les domaines et par puissances interposées) => l’interventionnisme devient un devoir pour endiguer la menace communiste (doctrine Truman 1947) et la diffusion du modèle américain devient une mission
et se constitue un bloc :
- De la fondation d’institutions mondiales multilatérales : politique ONU 1945 pour l’arbitrage entre les États, la sécurité collective ou économique FMI (prêt aux pays endettés),
- à l’organisation du monde libre : économiquement le GATT 1947 (ancêtre de l’OMC) favorise le libre-échange & les alliances militaires défensives comme l’OTAN 1949 encerclent l’URSS,

2. L’interventionnisme sur tous les fronts (années 1950 et 1960)
Par l’aide économique : La prospérité favorise la stabilité politique et donc la paix mondiale mais aussi l’économie américaine. C’est dans cette optique que le plan Marshall fournit une aide de 13 milliards de dollars aux Européens entre 1948 et 1952 pour reconstruire leur économie.
Par l’intervention militaire (hard power : capacité à imposer sa volonté) : interventionnisme direct pour faire échouer les offensives communistes en Europe (blocus de Berlin 1948-1949), puis en Asie (guerre de Corée 1950-1953) et en Amérique (crise de Cuba 1962) qui aboutissent au statu quo pro ante ; mais aussi interventionnisme secret avec les opérations de la CIA .
Par l’influence culturelle (soft power : capacité d’attraction, de séduction). Exportation mondiale d’un modèle devenu le rêve américain : libéralisme économique, démocratie libérale et American way of life. Les États-Unis sont perçu comme le pays de la liberté, un eldorado contemporain ; le cinéma hollywoodien et la télévision diffusent un modèle de vie fantasmé.
=> Cette omniprésence provoque des accusation d’impérialisme : volonté de domination.

II. Les aléas de la superpuissance dans la Guerre froide 1962-1991

1. Une certaine érosion de la puissance (années 1960 et 1970)
Les adaptations de l’interventionnisme :
- Les excès en Amérique latine. Contre la vague rouge (guérilla et gouvernements de gauche) inspirée par Cuba, la logique sans état d’âme est de soutenir les coups d’état (officieusement) et favoriser les dictatures (officiellement) anti-communistes.
- Le réalisme de Nixon en Asie. L’échec total de la guerre du Vietnam 1965-1973 le conduit au retrait américain et à l’offensive diplomatique vis-à-vis de la Chine en 1971 pour isoler l’URSS.
- La diplomatie de Carter au Moyen-Orient aboutit à la paix entre Israéliens et Égyptiens après 30 ans de guerre (accords de camp David 1978) mais subit un revers majeur avec la perte de l’allié iranien en 1979 (révolution islamique et crise des otages).
Les aléas de la course aux armements :
- La fin de la suprématie nucléaire : l’URSS a rattrapé son retard entre 1949 et 1953 ce qui aboutit à l’équilibre de la terreur (MAD) en 1962. Mais dans les années 1970 l’URSS reprend les devants d’où les premiers accords de limitation (SALT) nucléaire.
- La compétition se transfère dans l’espace avec les succès soviétiques : 1er satellite Spoutnik, être vivant (chienne Laka) en 1957 et être humain (Gagarine 1961) ; mais se conclut par une éclatante victoire américaine :le 1er homme sur la Lune 1969
Un modèle politique et économique fragilisé :
- Démocratie remise en cause : par la lutte pour les droits civiques des Noirs américains, le mouvement de protestation contre la guerre du Vietnam et le discrédit de la présidence avec le scandale du Watergate qui oblige le président Nixon a démissionner en 1974
- Puissance économique érodée. Les dépenses militaires au Vietnam, la concurrence du Japon et de l’Allemagne ainsi que le choc pétrolier de 1973 fragilisent sa puissance économique (1er déficit commercial en 1971)

2. La réaffirmation de la puissance (années 1980)
America is back :
Domination technologique dans la révolution informatique (Microsoft) => permet de prendre l’offensive dans la course aux armements en 1983 avec l’IDS (Initiative de défense stratégique : projet de bouclier spatial composé d'un réseau de satellites capable d'identifier et de détruire les missiles soviétiques, surnommé "Star Wars" pour son côté plus science-fiction que réaliste... May the force be with you...) du président Reagan qui sait que l’URSS n’a pas les moyens de suivre et veut affaiblir « l’Empire du Mal » de l’intérieur.
La victoire dans la Guerre froide :
Pour Mikhail Gorbatchev, le nouveau dirigeant soviétique depuis 1985, la priorité est la politique intérieure (réforme politique et économique du système soviétique) => apaisement (négocie avec les États-Unis des accords START sur le désarmement nucléaire) et désengagement extérieur => chute du communisme en Europe de l’Est (1989), réunification de l’Allemagne (1990) et éclatement de l’URSS (1991) => Etats-Unis vainqueurs de la Guerre froide de façon pacifique parce que leur concurrent s’est effondré.

III. Une hyperpuissance dans le désordre international 1991-2015

1. L’euphorie de l’après Guerre froide (années 1990)
Une hyperpuissance : la domination hégémonique d’un seul État dans le monde
- Victoire idéologique de ses valeurs : démocratie libérale, libéralisme économique,
- Suprématie militaire (capacité de projection mondiale), politique et diplomatique (extension de l’OTAN à l’Europe de l’Est) et innovateur technologique (NTIC) .
- MAIS leur domination économique (1/4 du PIB mondial) est concurrencée par les émergents, ce qui creuse le déficit de leur balance commerciale et leur dette extérieure
Au service d’un nouvel ordre mondial :
- Pour le président George H. Bush la fin de la Guerre froide porte l’espoir d’un monde réunifié autour du droit et de la démocratie, symbolisé par le renouveau de l’ONU et du multilatéralisme.
=> Les États-Unis mettent leur puissance au service de la communauté internationale : ils sont le bras armé de l’ONU (le gendarme du monde) dans la guerre du Golfe (janvier-février 1991) pour libérer le Koweït envahi par l’Irak en août 1990 ; leur diplomatie active permet au président Clinton de relancer le processus de paix israélo-palestinien (accord d’Oslo 1995).
- MAIS le Congrès renoue avec l’isolationnisme en refusant de ratifier le traité sur l’interdiction des essais nucléaires (1996), les accords de Kyoto (1997) et la Cours Pénale Internationale (1999).

2. L’hyperpuissance en question (2001-2014)
Le hard power justifié par le choc du 11 septembre (2001-2008) :
- Le terrorisme islamiste frappe au cœur de leur puissance (WTC à New York et Pentagone, et peut-être Maison blanchen à Washington) => pour le président George W. Bush la guerre contre le terrorisme international et « l’Axe du Mal » devient prioritaire.
- Leur intervention en Afghanistan en 2001 se fait avec le soutien multilatéral de la communauté internationale. Mais George W. Bush considère que les États-Unis ont un droit d’intervention unilatérale contre des menaces potentielles (guerre préventive) : la première victime en est l’Irak en 2003 - et la seconde l’image des États-Unis (plus le gendarme du monde mais le shériff du Far West qui tire sur tout ce qui bouge...).
Le smart power de l’administration Obama (2008-2016) :
- Combinaison de soft power : diplomatie active pour restaurer l’image des États-Unis dans le monde arabe et africain, parfois écornée par les lanceurs d’alerte (Snowden sur la surveillance globale 2013)
- et de hard power : en général multilatéral appui à l’opération extérieure franco-britannique en Lybie 2011 mais unilatéral quand nécessaire (exécution de Ben Laden 2011).
- Stratégie mondiale réaliste de retrait de l’Europe et du Moyen-Orient et double recentrage sur l’économie pour sortir de la crise de 2008 et vers l’Asie-Pacifique (Chine).

Conclusion
Bilan : Au lendemain de la 2GM, les États-Unis émergent comme un modèle de puissance multiforme qui se renforce au cours de la Guerre Froide. Depuis 1991, ils apparaissent comme une puissance incontournable, même s’ils sont défiés par des puissances émergentes, comme la Chine, en ce début de XXIème siècle.
Ouverture : Chine = souplesse et remarquable rapidité d’adaptation.