HISTOIRE 1 - LE RAPPORT DES SOCIÉTÉS À LEUR PASSÉ

Leçon - L’historien et les mémoires de la 2GM en France

Introduction
Cerner: Quand? Depuis 1945 fin de la GM2 Où? en France Qui? l’historien Quoi? est confronté est face aux mémoires de la guerre / collaboration, résistance, génocide
Déf : historien objectif critique sources ≠ mémoires subjectives, plurielles ; souvenirs
Pb : QUEL EST LE RÔLE/TRAVAIL DE L’HISTORIEN FACE AUX DIFFÉRENTES MÉMOIRES DE LA 2GM ?
Annoncer le plan :

I. Une mémoire officielle de la guerre : le résistancialisme (1945-1970)
- Résistancialisme : mythe politique d’une résistance unie et unanime de tous les Français sous l’occupation allemande.

1. Le résistancialisme, une mémoire patriotique (retrouver la fierté d’être Français)
Affirmer que toute la France a résisté est une décision politique
- Prise par les résistants au pouvoir dans le GPRF (1944-1946) : composés des gaullistes (droite, résistance extérieure) derrière le général De Gaulle se voient comme les unificateurs de la résistance et minorent le rôle des Alliés et des communistes (gauche, résistance intérieure) se présentent comme le parti des fusillés malgré leur résistance tardive 1941
- Pour que la France redevienne UNE puissante nation : pour réconcilier les Français, les unir pour la reconstruction et pour rétablir le prestige de la France, effacer l’humiliation militaire de 1940 et la honte de la collaboration.
Mais il faut d’abord effacer le régime de Vichy de l’Histoire de France
- Parce que la France est une République et une démocratie => le régime de Vichy (ou État français) (1940-1944) avec sa dictature et sa collaboration est une parenthèse qu’il est urgent de refermer. Il faut donc régler le sort des collaborateurs rapidement
- Grâce à l’épuration légale en 1944-1945 (GPRF) sanctionne les collaborateurs et remplace l’épuration sauvage. Elle se focalise sur les procès des dirigeants de Vichy : maréchal Pétain condamné à mort puis détention à vie (DG) + 40 000 Français condamnés, peu à peu amnistiés par 3 lois d’amnistie 1946-1953 => Vichy effacé = nvelle mémoire possible

2. Le résistancialisme, une mémoire sélective (en valoriser 1, oublier les autres)
La mémoire positive du héros résistant domine
- Grâce à la politique mémorielle du gvt qui élabore une vision officielle du passé (monuments, commémorations) et célèbre la Résistance unie avec LE héros Jean Moulin au Panthéon en 1964.
- Validée par les historiens : se concentrent sur l’histoire militaire de la guerre et de la résistance, sauf un : Robert Aron, Histoire de Vichy (1954) et sa thèse du glaive et du bouclier : De Gaulle combattait, Pétain jouait double jeu avec l’occupant pour protéger les Français.
- Relayée par le cinéma (sauf La traversée de Paris, 1956) : vision épique des cheminots dans La Bataille du rail (1946) ou comique de Français ordinaires avec La Grande Vadrouille (1966).
Mais d’autres mémoires plus embarrassantes disparaissent
- Celle des vaincus : les anciens combattants. Malgré les 170.000 morts et 1,8 million de prisonniers de guerre, ils restent discrets car leur image de vaincus en fait des anti-héros.
- Celle des victimes : les déportés. Ils dérangent et s’expriment peu ; + confusion entre concentration et extermination, visible dans Nuit et Brouillard (1956).

II. La lente reconnaissance des mémoires plurielles depuis 1970

1. Le tournant mémoriel (années 1970-1980)
Le mythe résistancialiste s'effondre (1971-1977). En 1971, le documentaire de Marcel Ophuls Le Chagrin et la Pitié révèle la banalité de la collaboration des Français et dans son livre L’énigme Jean Moulin (1977), le grand résistant Henri Frenay évoque les différends politiques entre les réseaux : la Résistance n’était pas unie. Et surtout La France de Vichy de l’historien américain Robert Paxton (1972-1973) démontre que Vichy a initié la collaboration et participé délibérément au génocide. Les historiens français doivent attendre 1979 pour qu’une loi leur ouvre les archives.
Le génocide juif sort de l’oubli (années 1980). Marqués par le procès d’Adolf Eichmann (Israël 1961), les époux Klarsfeld (enfants de déportés juifs) enquêtent sur les criminels nazis et identifient les Juifs déportés de France (1979). Le documentaire Shoah de Claude Lanzmann (1985), qui donne la parole aux victimes et aux bourreaux. Cependant son existence est niée (= négationnisme) par des historiens (Robert Faurisson, « Le pb des chambres à gaz ou la rumeur d’Auschwitz », 1980) et des politiques (Jean-Marie Le Pen « Les chambres à gaz sont un détail de l’histoire » 1987).

2. La mémoire enfin assumée (années 1980-2000)
La justice agit : les grands procès 1987-1998 : Les associations d’enfants de déportés juifs portent plainte (les Klarsfeld). Le SS Klaus Barbie (1987 †Jean Moulin) et les dirigeants de Vichy, Paul Touvier (1994) et Maurice Papon (1997-8) sont condamnés pour crimes contre l’humanité (imprescriptible depuis 1964). Des historiens participent aux procès pour établir la responsabilité du régime de Vichy, ce qui pose la question de leur objectivité.
L’État assume ses responsabilités (1990-2005) : En 1990, la loi Gayssot 1ère loi mémorielle punit le négationnisme => historiens critiques. En 1995 l’État, sous l'impulsion du président Jacques Chirac, reconnaît son rôle dans le génocide => Le devoir de mémoire s’impose : État doit réparer le préjudice subi par les victimes (indemnise spoliés 1998), sa politique mémorielle doit entretenir leur souvenir (Mémorial de la Shoah 2005) => historiens réticents : comprendre > commémorer
De nouvelles mémoires officielles entre héros et victime (2007-2014)
En 2007 les « Justes de France » (qui ont sauvé des juifs de l’extermination nazie) sont honorés au Panthéon où deux grandes résistantes entrent en 2014. En 2010 la France reconnaît sa dette envers les troupes coloniales grâce au succès du film de Rachid Bouchareb Indigènes 2006 et les « Malgré-nous », Alsaciens enrôlés de force, sont reconnus comme victimes => ingérence politique et inflation mémorielle critiquée par les historiens.

Conclusion
Bilan : La 2GM donne naissance à des mémoires conflictuelles. Jusqu’aux années 1970, le résistancialisme triomphe. Mais depuis, les mémoires oubliées resurgissent qui effacent le « syndrome de Vichy » et construisent une histoire + nuancée.
Ouverture : Tziganes, aussi victimes de génocide, attendent toujours une reconnaissance officielle, serait-ce parce qu’aujourd’hui on ne dit plus Tziganes mais Roms ?