HISTOIRE 3 - LES ÉCHELLES DE GOUVERNEMENT DANS LE MONDE
Leçon 3 - La gouvernance économique mondiale depuis 1944

Introduction
Avant même la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis et leurs alliés réfléchissent à un nouvel ordre économique mondial. En effet, on est convaincu que la crise de 1929 a favorisé l’émergence des régimes totalitaires et a conduit à la guerre. Entre 1944 et 1947, ils créent des organisations pour fixer des règles économiques internationales et garantir la paix. Depuis cette époque, la question d’une gouvernance économique mondiale s’est posée. Quels moyens sont mis en place pour réguler l’économie mondiale ?
Annoncer le plan :

I. De nouveaux principes pour construire une économie mondiale (1944-1971).

1. Le nouvel ordre économique après la guerre 1944-1947
La conférence de Bretton Woods de juillet 1944, organise l’économie mondiale selon les principes de l’économiste britannique John Maynard Keynes. L’État doit intervenir dans la vie économique pour relancer la croissance en cas de crise.
Ces accords créent un système monétaire international articulé en deux points :
- Le dollar devient le nouvel étalon de change-or (Gold Exchange Standard), c’est la monnaie de référence rattachée à l’or à taux fixe.
- Les monnaies doivent avoir une parité fixe (taux de change entre les monnaies) avec le dollar. Les banques centrales des États doivent intervenir pour limiter les variations.
La mise en place de nouvelles institutions, notamment dans le cadre de l’O.N.U. :
- Le F.M.I. (Fonds Monétaire International) fait respecter les règles de Bretton Woods en accordant des prêts aux états qui ont des difficultés à maintenir les parités.
- La B.I.R.D. (Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement) est chargée de financer les États en reconstruction.
- Le G.A.T.T. (General Agreement on Tariffs and Trade) qui prévoit régulièrement des conférences internationales pour favoriser le libre-échange.

2. Une gouvernance américaine contestée.
L’hégémonie américaine. Dans ce système, les États-Unis ont un poids important. Ils financent les différentes institutions. Le dollar devient la principale monnaie d’échange qui permet aux Américains de contrôler la politique économique de certains pays. Les États-Unis contribuent également au redressement de l’économie des pays d’Europe de l’Ouest avec le plan Marshall en 1948.
Sa contestation.
- L’U.R.S.S. organise la gouvernance économique de son bloc dans le cadre d'un marché commun appelé C.A.E.M. (Conseil d’Assistance Économique Mutuelle ou COMECON) où l’Europe de l’Est doit organiser son économie en fonction des demandes soviétiques. Ainsi, la RDA est industrialisée alors que la Roumanie reste agricole.
- Six États d’Europe de l’ouest, se lancent dans la construction d’une association régionale (C.E.C.A. en 1951, puis la C.E.E. en 1957) qui montre rapidement son succès. Ses membres battent des records de croissance dans les années 1960 (France, Italie).
- Les pays du Sud contestent également la domination économique du Nord. En 1964, ils créent la C.N.U.C.E.D. (Conférence des Nations-Unies sur le Commerce et le Développement) pour faire valoir leurs revendications et 77 pays y forment le « groupe des 77 » qui souhaite une autre gouvernance économique mondiale.

II. Les difficultés de la coopération économique mondiale 1971-1991

1. La multiplication des crises 1971-1979
L’instabilité monétaire. Le retrait unilatéral des États-Unis du système monétaire international instauré à Bretton Woods entraine le flottement puis la dévaluation du dollar, ce qui cause le flottement des monnaies, càd fluctuent selon l’offre et de la demande. Ces taux de change variables gênent considérablement les échanges internationaux.
Les chocs pétroliers. Le premier en 1973 multiplie le prix du baril par quatre (de 3 à 12 dollars) ; avec le second choc pétrolier de 1979, il atteint les 40 dollars. C’est un choc pour l’économie mondiale car les sociétés consomment toujours plus d’énergie : leur facture pétrolière explose, d’autant plus qu’elle est payée en dollars.
La fin des « Trente Glorieuses » au Nord. Les pays industrialisés entrent en crise : l’inflation s’accélère (10% par an), les balances commerciales deviennent déficitaires, le chômage explose et la croissance ralentit. Les politiques anti-inflationnistes (restriction du crédit, …) réduisent les investissements des entreprises, et en cassent la consommation. => Les « Vingt Piteuses » succèdent aux « Trente Glorieuses ».

2. Une coopération économique remise en cause dans les années 1970
L’hégémonie du Nord. Les grandes puissances créent le G6-G7 (E-U, Japon, Allemagne, France, R-U, Italie - Canada) en 1975-1976 pour coordonner leurs politiques nationales et sortir de la crise. Mais il est accusé de vouloir gérer seul l’économie mondiale par la « diplomatie de club » et d’imposer le néolibéralisme initié par le R-U et les É-U dans les années 1980 : l’État se désengage (privatisation, et dérégulation financière) et la croissance reprend (au prix de l’État-Providence).
L’éclatement du Sud. En 1974 les PED du G77 prônent un Nouvel Ordre Économique International (NOEI) contre la domination économique du Nord et souhaite un rééquilibrage des échanges Nord/Sud. Cependant la libéralisation des échanges avec la baisse des droits de douane encouragée par le GATT profite aux NPIA (les 4 dragons) dont la croissance est spectaculaire tout comme l’enrichissement des pays pétroliers ; par contre de nombreux PED sont surendettés (financement du développement, facture pétrolière).

3. Le discrédit des institutions économiques internationales dans les années 1980
Les institutions financières. Dans les années 1980, les PED sont incapables de rembourser leurs emprunts et font alors appel au F.M.I. et à la Banque Mondiale qui leur imposent des politiques de rigueur d’inspiration néolibérale (privatisations, réduction des dépenses publiques, lutte contre la corruption et la fraude fiscale) et l’ouverture de leur économie (dévaluation de la monnaie pour faciliter les exportations).
Dans le domaine commercial, le G.A.T.T. ne peut empêcher les États d’adopter des mesures protectionnistes (quotas) car il ne dispose pas de sanction. Les PID les utilisent pour se protéger de la concurrence des pays en développement. De plus, le G.A.T.T. ne s’occupe que de l’industrie. Les produits agricoles et les services lui échappent.

III. A la recherche d’une gouvernance économique mondiale depuis 1991

1. L’accélération du libre-échange : mondialisation et régionalisation
De la mondialisation. Sous l’impulsion de l’hyperpuissance états-unienne, la mondialisation s’accélère. En 1995 l’OMC remplace le GATT : elle élargit le libre-échange à l’agriculture et aux services ; elle sanctionne les contrevenants. Cependant cette gouvernance reste fragile : les négociations sont longues et difficiles (opposition Nords / BRICS et excluent souvent les PED.
A la régionalisation. Les organisations régionales s’affirment donc avec la création de l’ALENA en Amérique du Nord et du MERCOSUR en Amérique latine et le renforcement de l’UE par le traité de Maastricht et la mise en circulation de l’euro. Elles développent le libre-échange à leur échelle.

2. L’affirmation de nouveaux acteurs dans les années 2000
L’affirmation des émergents En 1998 la Russie intègre le G7 qui devient le G8 puis le G20 en 1999 avec l’intégration des émergents. Il organise des sommets informels avec ses chefs d’État et s’affirme comme nouveau lieu de gouvernance économique.
L’essor des acteurs non étatiques. Le Forum Économique Mondial de Davos (Suisse) permet aux FTN de discuter de leur stratégie mondiale et d’y sensibiliser les politiques invités. En réaction les altermondialistes organisent un Forum Social Mondial concurrent.
Une mondialisation + durable ? Des normes environnementales s’imposent (protocole de Kyoto 1992-2005) même si les émergents craignent que cet effort ne ralentisse leur croissance. Les UN Millenium Goals fixent aussi comme objectif socio-économique de réduire la pauvreté et de permettre l’accès aux soins pour tous.

3. L’urgence d’une meilleure gouvernance mondiale depuis les années 2010
La crise de 2008 : le dérèglement du système. La crise débute aux États-Unis car des banques sont ruinées par l’incapacité des ménages à rembourser leurs prêts immobiliers entraînant la fuite des capitaux et la chute de la croissance. La crise devient mondiale et s’aggrave à partir de 2010 parce que certains pays développés sont surendettés.
De meilleures règles internationales pour encadrer la mondialisation ? Sous l’impulsion des États, les organisations internationales prennent conscience des excès de la mondialisation. En 2009 le sommet du G20 décide de renforcer la régulation financière. En 2010, FMI et Banque Mondiale adoptent une meilleur représentativité des PED. Cependant un pays surendetté comme la Grèce subit une austérité imposée (FMI, BCE) et la régulation financière reste limitée (paradis fiscaux).

Conclusion
Bilan : La coopération économique internationale mise en place par les États-Unis en 1944-1945 n’a pas résisté au crises des années 1970 et à l’émergence de nouvelles puissances. La gouvernance actuelle du monde, faite d’équilibres complexes et d’acteurs multiples, cherche toujours à limiter les excès de la mondialisation
Ouverture : => Qu’en est-il à l’échelle nationale durement touchée par la mondialisation ?