H2 - GRANDES PUISSANCES ET CONFLITS DANS LE MONDE DEPUIS 1918 - Un foyer de conflit

Leçon - Le Proche et Moyen Orient depuis 1918

Introduction
Cerner: Où? Au carrefour de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique, le Moyen-Orient voit Quoi? s’affronter Qui? de nouveaux États indépendants Quand? depuis sa décolonisation en 1945
Définir: M-O de la Turquie à l’Égypte et à l’Iran via la péninsule arabique, P-O littoral méd.
Problématiser : Pourquoi le Moyen-Orient est-il un foyer de conflits depuis 1918?
Annoncer le plan :

I. Des conflits aux causes multiples 1918-1948

1. Une région complexe et instable
Une mosaïque humaine : Trois grands peuples : Arabes majoritaires, Turcs et Perses (Iran) mais deux minorités Kurdes et Juifs (sans état) dont l’islam est la religion majoritaire mais divisé en sunnite et chi’ite (Iran) et minorités juive (Palestine) et chrétiennes.
Une région déstabilisée par la défaite de l’empire ottoman (1918). L’empire Ottoman est démantelé en plusieurs états 1922 : la Turquie indépendante mais le Liban et la Syrie sous mandat français ; l’Irak, la Transjordanie et la Palestine sous mandat anglais jusqu’en 1945.
=> Des frontières contestables : Elles sont issues du découpage colonial de l’empire ottoman par la France et surtout le Royaume-Uni selon leurs intérêts stratégiques sans tenir compte des réalités humaines ou historiques + Des États souvent fragiles : par l’absence de réelle tradition étatique et/ou à la domination d’un groupe communautaire religieux, ethnique ou tribal.
=> Apparition de nouveaux courants politiques. Essor du panarabisme (volonté d’unir les Arabes de la région), mvt laïc socialisant majoritaire et début de l’islamisme politique (volonté de créer un État musulman) minoritaire et perçu comme une menace.

2. Une région à forts enjeux
Le contrôle de l’eau, un enjeu régional majeur : Dans une région aride à forte croissance démographique, la maîtrise de l’eau est essentielle pour des pays déterminés à se développer (barrages) d’où les tensions entre la Syrie, l’Irak et la Turquie.
L’or noir, une richesse à double tranchant : Le pétrole est la principale richesse du Moyen-Orient mais le contrôle des gisements est une source d’ingérence internationale par le biais des FTN anglo-américaines qui contrôlent exploitation et prix.
Le canal de Suez, un enjeu géostratégique mondial : Ce canal de 190 km sous contrôle franco-britannique est une route maritime essentielle pour le commerce mondial et surtout l’approvisionnement en pétrole et la projection militaire occidentale.

3. Le cas épineux de la Palestine
Une terre, deux peuples : les Arabes palestiniens et les Juifs européens dont l’émigration explose à partir des années 1920 et représentent 30 % de la population en 1947.
Les promesses contradictoires du Royaume-Uni (état juif de la Déclaration Balfour mais aussi création d’un grand royaume arabe) alimentent les revendications nationalistes des Juifs et des Arabes. En 1947, la Palestine est au bord de la guerre civile. Le RU abandonne et envoie le dossier aux Nations-Unies.
L’échec du plan de partage l’ONU. Le 29 novembre 1947, l’ONU adopte un plan de partage qui doit aboutir à la création de deux états indépendants : un état juif, et un état arabe. Cette solution ne satisfait personne. Le 14 mai 1948, David Ben Gourion proclame unilatéralement la naissance de l’état d’Israël, victoire du sionisme (obtenir un état pour les Juifs, laïc).

II. Le Moyen-Orient dans la guerre froide, l’échec du panarabisme

1. L’intervention des deux Grands (en faveur du panarabisme)
Les Américains au Moyen-Orient prennent le relais des Britanniques (à leur demande) : ils protègent l’Arabie Saoudite dès 1945, puis dans les années 1950 dans la logique de l’endiguement pour encercler l'URSS s’allient avec la Turquie, qui intègre l’OTAN et forme le pacte de Bagdad avec l’Irak et l’Iran (+ Pakistan et R-U).
La crise de Suez (1956) : Nasser le champion du panarabisme, l’unité arabe contre le colonialisme et le sionisme, nationalise le canal contrôlé par la France et le R-U entrainant leur invention militaire appuyée par Israël. Les vainqueurs sont pourtant contraints de se retirer sous la pression des 2 Grands (OK pour se débarrasser des deux Petits).
La bipolarisation du Proche-Orient : Dans les années 1960, l’Égypte et la Syrie se tourne vers l’URSS alors que les États-Unis soutiennent Israël. Les deux Grands vont donc participer indirectement au conflit israélo-arabe.

2. La question de la Palestine : la terre au coeur d’un bourbier régional
Le conflit israélo-arabe : La création unilatérale de l’État d’Israël en 1948 est approuvée par les États-Unis et l’URSS au dépend des Palestiniens qui auraient dû avoir leur État aussi. Les états arabes refusent donc de reconnaître Israël (antisionisme). Quatre guerres (1948, 1956, 1967 et 1973) opposent Israël à ses voisins arabes (surtout Égypte et Syrie) et ne font que confirmer le statu quo ante. Seules les négociations menées par les États-Unis permettent d’aboutir aux accords de Camp-David de 1978 où l’Égypte reconnait Israël et signe la paix mais son panarabisme est fini car elle est discréditée dans le monde arabe.
La question palestinienne : La création d’Israël (1948) et l’occupation des territoires palestiniens de Cisjordanie et Gaza (1967) provoque l’exil de milliers de Palestiniens. La résistance extérieure s’organise avec l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) soutenue par l’URSS. Elle mène une guérilla à partir des pays arabes voisins dont elle est systématiquement chassée et se discrédite en passant au terrorisme international (prises d’otages, détournement d’avion). A l’intérieur, les jeunes Palestiniens des territoires occupés prenne la relève en se soulevant contre Israël : c’est la 1ère intifada (1987-1993).

3. Panarabisme contre islamisme : la Guerre froide s’estompe
La république islamique d’Iran 1979 : fondée sur la primauté de l’islam chi’ite et l’application de loi coranique par l’ayatollah Khomeiny après la révolution qui renverse la dictature du shah d’Iran. L’Iran refuse la logique de la Guerre froide et affirme son hostilité à Israël « le petit Satan » qui occupe Jérusalem, lieu saint de l’islam, et à son allié, les États-Unis « le grand Satan » qui symbolise la décadence de l’Occident, sans pour autant se rapprocher de l’URSS.
La guerre Iran-Irak (1980-1988) : Saddam Hussein, au pouvoir en Irak (Arabe, laïc MS 60% des Irakiens chi’ites) veut relancer le panarabisme face à la montée en puissance de l’Iran (Perse, islamiste). Il envahit une région peuplée d’Arabes (et pétrolière) mais l’Iran résiste et le conflit s’enlise (+ d’un million de morts. Le panarabisme irakien échoue et la Guerre froide perd son sens puisque l’Irak est armé par les deux Grands.

III. De nouvelles conflictualités depuis 1991, la déstabilisation par l’islamisme

1. Pax americana ?
La guerre du Golfe 1990-1991 : Avec l’accord des Russes, la participation de forces occidentales et arabes, les États-Unis libèrent le Koweït frustrant les ambitions régionales de l’Irak mais sans renverser le dictateur Saddam Hussein.
Les accords israélo-palestinien 1993 : Le nouveau président américain Clinton pousse l’OLP de Yasser Arafat (plus financé par l’URSS) et Israël (débordé par l'Intifada) à négocier. Les accords d’Oslo de 1993 prévoient une reconnaissance mutuelle et la création d’une Autorité palestinienne sur les territoires autonomes (Cisjordanie et Gaza) => En 1994, la Jordanie reconnaît Israël. L’intifada s’achève, l’OLP revient en Palestine et prend la tête de la nouvelle autorité : la question palestinienne n’est pas résolue mais l’apaisement est porteur d’espoir.

2. La radicalisation : de l’islamisme au jihadisme
La concurrence Iran-Arabie saoudite pour la direction de l’islam mondial. L’Iran tente de se doter de l’arme nucléaire et finance les islamistes du Hezbollah chi’ites au Liban alors que les Saoudiens soutiennent le Hamas sunnite à Gaza contre Israël (rockets, attentats-suicide). Cette radicalisation entraine la scission Cisjordanie-Gaza, la seconde Intifada (2000-2005), le durcissement d’Israël (colonisation, mur, interventions) et ... et la fin du processus de paix depuis 2005.
Al-Qaïda : le jihadisme mondialisé : Depuis la guerre du Golfe la présence américaine renforcée en Arabie saoudite, terre sainte de l‘Islam, est dénoncée par les jihadistes du réseau terroriste mondial Al-Qaïda dirigé par ben Laden. Une série d’attentats contre les États-Unis culmine le 11 septembre 2001. Les États-Unis déclarent la guerre au terrorisme, interviennent en Afghanistan (2001), en Irak (2003) et exécutent Ben Laden en 2011.

3. Le cœur de l’arc des crises actuelles
Le problème de base : la remise en cause des régimes autoritaires
- soit renversé de l’extérieur, comme en Irak par les États-Unis en 2003,
- soit contesté de l’intérieur : printemps arabe de 2011 qui se diffuse au Moyen-Orient
Le résultat
- Le retour de la stabilité = reprise en main +/- autoritaire avec +/- de démocratisation (Jordanie, Arabie saoudite, Égypte)
- Le chaos, l'exemple de la Syrie = guerre civile depuis 2011 compliquée par le communautarisme, les interventions extérieures et l'apparition d'un nouvel acteur : Daesh ou État islamique, groupe jihadiste avec territoire conquis en Syrie et en Irak
=> La situation en janvier 2020 :
(+) victoire contre Daesh qui ne contrôle plus qu'un minuscule territoire
(-) maintien probable au pouvoir de Bashar el-Assad (retour à la situation d'origine en 2011 => le flot de demandeurs d'asile syriens n'est pas près de se tarir...)

Conclusion
Bilan : Le Moyen-Orient est instable depuis 1945, les conflits ne font que se déplacer de la Palestine au Golfe. L’absence de solutions globales, le discrédit des Occidentaux et des régimes laïcs autoritaires a profité à l’islamisme, ce qui a encore accru l’instabilité (l’huile sur le feu)
Ouverture : Le pessimisme semble de rigueur puisque l’Iran en voie de réintégration dans la communauté internationale grâce aux efforts du président Obama (2013-2015) est maintenant la cible des tentatives d'isolement du nouveau président américain Donald Trump.