H2 - GRANDES PUISSANCES ET CONFLITS DANS LE MONDE DEPUIS 1918 - 1. Les chemins de la puissance

Leçon 2 - Les Etats-Unis et le monde depuis 1918

Introduction
Cerner: A la fin de la 1GM, les Etats-Unis sont dans le camp des vainqueur grâce à leur intervention décisive en 1917 et s’affirment comme une puissance sur la scène internationale. Depuis 1918, leur politique étrangère en font un modèle, mais aussi le leader du monde.
Problématiser : Comment s’affirme la puissance américaine dans le monde depuis 1918 ?

I. Les hésitations de la puissance américaine 1918-1945

1. Les déceptions de l’après-guerre 1918-1920
Les succès du président Wilson sur la scène internationale. A partir de janvier 1919, les États-Unis participent à la conférence de paix avec la France, l’Italie et le Royaume-Uni. Le président Wilson propose ses « 14 points » pour créer un nouvel ordre mondial fondé sur le droit. Deux points dominent : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ce qui débouche sur la création de nouveaux États en Europe (Pologne) et l’éclatement de l’empire d’Autriche-Hongrie et la création de la S.D.N., une organisation internationale pour préserver la paix, proposition incluse dans le traité de Versailles (/Allemagne).
Mais l’échec du président Wilson aux Etats-Unis. Wilson n’arrive pas à imposer ses idées dans son propre pays. Ni l’opinion publique, ni le Sénat passé aux mains des républicains n’y sont favorables. Au final, le Sénat refuse de ratifier le traité de Versailles et refusent ainsi l’entrée des États-Unis à la S.D.N.

2. Un isolationnisme apparent 1920-1939
L’isolationnisme officiel des années 1920. Politique nationaliste de repli symbolisé par le slogan « America first ». La politique étrangère des présidents républicains qui succèdent à Wilson jusqu’en 1932 est isolationniste car l’opinion publique a été traumatisée par la 1GM et voit dans le monde extérieur la source de tous les problèmes, d’où la mise en place de quotas d’immigration dans les années 1920.
L’interventionnisme de fait. Economique : implantent leurs multinationales en Amérique latine, leur « chasse gardée ». Financier : interviennent en Europe avec les plans Dawes de 1924 et Young de 1929 où ils prêtent de l’argent à l’Allemagne pour payer les réparations de guerre à la France et au R-U qui peuvent ainsi consommer américain : c’est la « diplomatie du dollar ». Diplomatique : signent avec la France un pacte qui met la guerre « hors-la-loi » (Pacte Briand-Kellog de 1928).
La crise de 1929 et la dépression des années 1930 renforcent le repli sur soi et entraine le protectionnisme du républicain Hoover. C’est un échec, d’où l’élection du démocrate F.D. Roosevelt (1932) qui se concentre sur la résolution de la crise avant de pouvoir convaincre le Congrès et le pays d’abandonner l’isolationnisme et d’adopter l’interventionnisme. En effet, le Congrès est isolationniste et vote des lois de neutralité en 1935-1937 pour ne pas être entraîné dans une nouvelle guerre.

3. Le tournant de la Seconde Guerre mondiale 1939-1945
De l’isolationnisme à l’interventionnisme. Au début de la guerre, face aux victoires nazies en Europe, Roosevelt arrive à convaincre le Congrès d’autoriser la vente d’armes et de matériel de guerre à la France et au Royaume-Uni en 1939, puis à l’URSS en 1941. En Asie, face à l’expansion japonaise, les États-Unis instaurent des sanctions économiques (embargo pétrolier). En 1941, les militaires japonais au gouvernement se déclarent hostiles à l’influence américaine dans le Pacifique et attaquent par surprise la flotte américaine du Pacifique à Pearl Harbor, Hawaï, le 7 décembre 1941. Les États-Unis déclarent la guerre au Japon et donc aussi à l’Allemagne et à l’Italie.
Un engagement total dans la Seconde Guerre mondiale. Diplomatique : à la tête d’une vaste coalition composée de 51 États. Idéologique : mènent une guerre idéologique basée sur les valeurs de liberté et de démocratie. Economique : deviennent « l’arsenal des démocraties ». Financier : prête de l’argent à tous leurs alliés. Militaire : combat sur deux fronts (Pacifique et Europe). Trois débarquements permettent de libérer l’Europe et les bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki mettent fin à la guerre.

II. La puissance assumée dans un contexte de Guerre froide 1945-1991

1. La superpuissance assumée au début de la Guerre froide 1945-mid1960s

a. Le leader du monde libre
Une superpuissance (pays capable d’exercer une suprématie à l’échelle mondiale) : militaire (1ère armée du monde et monopole nucléaire jusqu’en 1949), économique (son PIB = PIB mondial, atelier industriel et grenier agricole du monde), financière (60% du stock d’or mondial, le dollar devient la monnaie internationale), politique
avec une nouvelle mission : URSS se constitue un bloc en Europe de l’Est => début de la Guerre froide (opposition entre deux modèles idéologiques dans tous les domaines et par puissances interposées) => l’interventionnisme devient un devoir pour endiguer la menace communiste (doctrine Truman 1947) et la diffusion du modèle américain devient une mission
et se constitue un bloc :
- De la fondation d’institutions mondiales multilatérales : politique ONU 1945 pour l’arbitrage entre les États, la sécurité collective ou économique FMI (prêt aux pays endettés),
- à l’organisation du monde libre : économiquement le GATT 1947 (ancêtre de l’OMC) favorise le libre-échange , les alliances militaires défensives comme l’OTAN 1949 encerclent l’URSS,

b. L’interventionnisme sur tous les fronts (années 1950 et 1960)
Par l’aide économique : La prospérité favorise la stabilité politique et donc la paix mondiale mais aussi l’économie américaine. C’est dans cette optique que le plan Marshall fournit une aide de 13 milliards de dollars aux Européens entre 1948 et 1952 pour reconstruire leur économie.
Par l’intervention militaire (hard power : capacité à imposer sa volonté) : interventionnisme direct pour faire échouer les offensives communistes en Europe (blocus de Berlin 1948-1949), puis en Asie (guerre de Corée 1950-1953) et en Amérique (crise de Cuba 1962) qui aboutissent au statu quo pro ante ; mais aussi secret avec les opérations de la CIA .
Par l’influence culturelle (soft power : capacité d’attraction, de séduction) : Exportation mondiale d’un modèle devenu le rêve américain : libéralisme économique, démocratie libérale et American way of life. Les États-Unis sont perçu comme le pays de la liberté, un eldorado contemporain ; le cinéma hollywoodien et la télévision diffusent un modèle de vie fantasmé
Cette omniprésence provoque des accusation d’impérialisme : volonté de domination

2. Les aléas de la superpuissance dans la Guerre froide 1962-1991

a. Une certaine érosion de la puissance (années 1960 et 1970)
Les adaptations de l’interventionnisme :
- Les excès en Amérique latine. Contre la vague rouge (guérilla et gouvernements de gauche) inspirée par Cuba, la logique sans état d’âme est de soutenir les coups d’état (officieusement) et favoriser les dictatures (officiellement).
- Le réalisme de Nixon en Asie. L’échec total de la guerre du Vietnam 1965-1973 le conduit au retrait américain et à l’offensive diplomatique vis-à-vis de la Chine en 1971 pour isoler l’URSS
- La diplomatie de Carter au Moyen-Orient aboutit à la paix entre Israéliens et Égyptiens après 30 ans de guerre (accords de camp David 1978) mais subit un revers majeur avec la perte de l’allié iranien en 1979 (révolution islamique et crise des otages)
Les aléas de la course aux armements :
- La fin de la suprématie nucléaire l’URSS a rattrapé son retard entre 1949 et 1953 ce qui aboutit à l’équilibre de la terreur (MAD) en 1962. mais dans les années 1970 l’URSS reprend les devants d’où les premiers accords de limitation (SALT) nucléaire.
- La compétition se transfère dans l’espace avec les succès soviétiques 1er satellite Spoutnik, être vivant (chienne Laka) en 1957 et être humain (Gagarine 1961) mais se conclut par une victoire américaine le 1er homme sur la Lune 1969
Un modèle politique et économique fragilisé ::
- Démocratie remise en cause par la lutte pour les droits civiques des Noirs américains, le mouvement de protestation contre la guerre du Vietnam et le discrédit de la présidence avec le scandale du Watergate qui oblige le président Nixon a démissionner en 1974
- Puissance économique érodée Les dépenses militaires au Vietnam, la concurrence du Japon et de l’Allemagne ainsi que le choc pétrolier de 1973 fragilisent sa puissance économique (1er déficit commercial en 1971)

b. La réaffirmation de la puissance (années 1980)
America is back : Domination technologique dans la révolution informatique (Microsoft) et permet prendre l’offensive dans la course aux armements en 1983 avec l’IDS du président Reagan qui sait que l’URSS n’a pas les moyens de suivre et veut affaiblir « l’Empire du Mal » de l’intérieur.
La victoire dans la Guerre froide : Gorbatchev, le nouveau dirigeant soviétique depuis 1985, place sa priorité sur la politique intérieure (réforme politique et économique du système soviétique) => apaisement (négocie avec les États-Unis des accords sur le désarmement nucléaire) et désengagement extérieur => chute du communisme en Europe de l’Est 1989, réunification de l’Allemagne (1990) et éclatement de l’URSS (1991) => Etats-Unis vainqueurs de la Guerre froide de façon pacifique parce que leur concurrent s’est effondré

III. Une hyperpuissance dans le désordre international 1991-2015

1. L’euphorie de l’après Guerre froide (années 1990)
Une hyperpuissance : la domination hégémonique d’un seul État dans le monde
- Victoire idéologique de ses valeurs : démocratie libérale, libéralisme économique,
- Suprématie militaire (capacité de projection mondiale), politique et diplomatique (extension de l’OTAN à l’Europe de l’Est) et innovateur technologique (NTIC).
- Cependant leur domination économique (1/4 du PIB mondiale) est concurrencée par les émergents, ce qui creuse le déficit de leur balance commerciale et leur dette extérieure.
Au service d’un nouvel ordre mondial :
- Pour le président George H. Bush la fin de la Guerre froide porte l’espoir d’un monde réunifié autour du droit et de la démocratie, symbolisé par le renouveau de l’ONU et du multilatéralisme.
=> Les États-Unis mettent leur puissance au service de la communauté internationale : ils sont le bras armé de l’ONU dans la guerre du Golfe (janvier-février 1991) pour libérer le Koweït envahi par l’Irak en août 1990 ; leur diplomatie active permet au président Clinton de relancer le processus de paix israélo-palestinien (accord d’Oslo 1993).
- MAIS le Congrès renoue avec l’isolationnisme en refusant de ratifier le traité sur l’interdiction des essais nucléaires (1996), les accords de Kyoto (1997) et la CPI (1999).

2. L’hyperpuissance en question (2001-2014)
Le hard power justifié par le choc du 11 septembre (2001-2008) :
- Le terrorisme islamiste frappe au cœur de leur puissance (WTC à New York et Pentagone à Washington => pour le président George W. Bush la guerre contre le terrorisme international et « l’Axe du Mal » devient prioritaire.
- Leur intervention en Afghanistan en 2001 se fait avec le soutien multilatéral de la communauté internationale . Mais George W. Bush considère que les États-Unis ont un droit d’intervention unilatérale contre des menaces potentielles (guerre préventive). l’Irak en est la première victime en 2003 - et la seconde l’image des États-Unis.
Le smart power de l’administration Obama (2008-2016) :
- Combinaison de soft power : diplomatie active pour restaurer l’image des États-Unis dans le monde arabe et africain, parfois écornée par les lanceurs d’alerte (Snowden sur la surveillance globale 2013)
- et de hard power : en général multilatéral appui à l’opex franco-britannique en Lybie 2011 mais unilatéral quand nécessaire (exécution de Ben Laden 2011).
- Stratégie mondiale réaliste de retrait de l’Europe et du Moyen-Orient et double recentrage sur l’économie pour sortir de la crise de 2008 et vers l’Asie-Pacifique (Chine).

Conclusion
Bilan : Au lendemain de la 2GM, les États-Unis émergent comme un modèle de puissance multiforme qui se renforce au cours de la Guerre Froide. Depuis 1991, ils apparaissent comme une puissance incontournable, même s’ils sont défiés par des puissances émergentes, comme la Chine, en ce début de XXIème siècle.
Ouverture : Chine = souplesse et rapidité remarquable d’adaptation