HISTOIRE THEME 4 - DYNAMIQUES & RUPTURES DANS LES SOCIÉTÉS, XVIIe-XVIIIe siècles
Chapitre 1 - Mutations et tensions de la société d’ordres

Leçon 1 - Un monde rural sous tension

Introduction.
En France, aux XVIIe et XVIIIe siècles à la fin de la période moderne, le monde rural est marqué par des tensions entre les paysans, leur seigneur et le roi. Pourquoi ces tensions remettent-elles en cause la société d’ordre ?

1. Une meilleure condition paysanne
•— — Des progrès agricoles.
Une légère amélioration des outils et des techniques, la croissance des superficies cultivées, l’apparition de nouvelles cultures (pomme de terre, maïs) et des conditions climatiques plus clémentes permettent une hausse de 40% de la production agricole.
•— — Un impact mitigé.
- La baisse de la mortalité. Une meilleure alimentation explique le recul des famines (dernière grande famine de l’hiver 1709-1710) et, combinée à la baisse des grandes épidémies (dernière épidémie de peste en 1720), entraine une hausse de la population.
- Mais des profits inégaux : les laboureurs, propriétaires de terres et des équipements nécessaires à leur mise en valeur, s’enrichissent mais la vie des petits paysans reste très précaire.

2. Des tensions croissantes
—•— Le poids écrasant de la fiscalité
- De pesants droits seigneuriaux. Les paysans doivent à leur seigneur tout au long de l’année un grand nombre de redevances en argent, en nature ou en corvées.
- Une fiscalité royale en hausse : sous forme d’impôts directs ou indirects, à cause de l’omniprésence des guerres et le creusement du déficit des finances royales.
•— — De nombreuses révoltes.
• Point 1 - La révolte des Va Nu-pieds, 1639.
- Dans les années 1780, le nombre de révoltes augmente : à cause d’étés pluvieux, une succession de mauvaises récoltes fait augmenter les prix du grain et les risques de disette.
=> La fiscalité royale et seigneuriale est de plus en plus perçue comme injuste comparée aux privilèges fiscaux des nobles et du clergé et à leurs dépenses à la cour. D’autant plus que les deux ordres privilégiés font échouer toute réforme fiscale qui leur ferait payer des impôts (3 tentatives des ministres de Louis XVI pour augmenter les impôts).

Conclusion
A l’aube de la Révolution, les tensions s’accroissent à l’intérieur de la société d’ordres : les paysans supportent de moins de moins le fardeau des impôts et l’aspect vexatoire des droits seigneuriaux ; de plus, la noblesse, dont le statut est remis en cause, ressert son emprise sur la paysannerie et cherche à maintenir ses privilèges
La crise financière de la monarchie absolue ainsi que les tentatives pour la résoudre vont exacerber ces tensions et faire basculer la France dans la Révolution.

Leçon 2 - Le dynamisme de la société urbaine

Introduction
En France, aux XVIIe et XVIIIe siècles à la fin de la période moderne, la société urbaine, très dynamique, connait de profondes transformations. Comment ces mutations bouleversent-elles la société d’ordres ?

1. L’essor des villes
•— — Une forte expansion économique.
Les villes les plus dynamiques sont celles qui bénéficient des débuts de l’industrie manufacturière (dans le textile et la métallurgie) qui s’installent dans les faubourgs et y attire la population ouvrière et artisanale et les grands ports atlantiques (Nantes, Bordeaux) qui profitent de l’économie de plantation et des gains liés à la traite négrière.
—•— De nouvelles populations.
L’essor économique permet l’enrichissement et l’ascension sociale d’une grande bourgeoisie qui investit dans le commerce maritime (négociants, armateurs) ou les manufactures.
Il explique aussi le début de l’exode rural en offrant de nouveaux emplois aux ouvriers agricoles ou aux artisans venus de la campagne. Couplé avec la baisse de la mortalité (voir L1), il entraine la croissance urbaine.

2. Des inégalités très marquées
• Point 2 - Riches et pauvres à Paris
•— — Le luxe des élites.
Grande noblesse et haute bourgeoisie s’influencent mutuellement. La bourgeoisie imite la noblesse (mode de vie, anoblissement) ; des nobles dérogent et investissent dans le négoce ou l’industrie naissante.
Cette élite forme un groupe restreint qui cumule les richesses. Ils font édifier des hôtels particuliers où ils vivent dans une atmosphère de fête et de luxe influencée par la cour et se rencontrent dans les salons comme celui de Mme Geoffrin (voir diapo H3.2 L2).
•— — La diversité des couches populaires.
L’essentiel est composé d’artisans et commerçants organisés en corporations. Mais de plus en plus de pauvres (domestiques, journaliers pratiquant divers petits métiers), souvent issus des campagnes, vivent dans le plus grand dénuement (logement, vêtements) dans les faubourgs périphériques comme Saint-Marcel.

3. Des crispations sociales
—•— Les tensions entre élites.
La grande noblesse continue d’occuper les plus hautes fonctions dans tous les domaines et empêche la haute bourgeoise d’y accéder en utilisant ses privilèges (1781 officiers de l’armée nobles). La bourgeoisie est donc freinée dans son ascension sociale et, influencée par les Lumières, réclame une hiérarchie sociale fondée sur le mérite et non sur la naissance.
•— — La répression du peuple.
• Point 2 - Riches et pauvres à Paris
- Les couches populaires sont considérées comme instables et dangereuses car promptes à l’émeute en cas de crise économique ou même de rumeurs d’où la répression féroce.
- Les mendiants, dont le nombre gonfle lors des crises économiques, sont enfermés dans des « hôpitaux » (Bicêtre) avec les aliénés dans des conditions horribles.

Conclusion
Pour conclure, les villes en plein essor ont une forte croissance économique qui attire et favorise de nouvelles populations. C’est pourquoi les inégalités entre élites et le peuple sont très marquées ainsi que les tensions sociales entre élites et vis-à-vis du peuple.
La crise financière de la monarchie absolue ainsi que les tentatives pour la résoudre vont exacerber ces tensions et faire basculer la France dans la Révolution.